July 03, 2023
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Ce groupe va devenir énorme. Romy Vager a trop de talent, de style, de charisme, ça n’est pas possible autrement. Bon, il faut garder à l’esprit qu’en 1972, quelqu’un a dû écrire la même chose d’Alex Chilton. On a vu comment ça a tourné. Donc méfiance. Mais on ne cite pas le leader de Big Star au hasard. En écoutant une merveille comme “You’re The Reason”, on ne peut que penser à “Kanga Roo” ou à “Holocaust”. Le versant final et déliquescent mais superbe de Big Star, donc. Si tout se passe bien, RVG va rétablir le règne du rock’n'roll inspiré sur toute la planète, faire du XXIème siècle une époque formidable, pleine de guitares étincelantes et de paroles émouvantes. Venger Tom Verlaine, Peter Perrett, Alex Chilton et tous nos amis. On peut rêver, non ? Si ça se passe mal, ce groupe va devenir culte, c'est-à-dire n’intéresser que quelques rock critics déplumés sentant la vieille chaussette, qui se rendront tous les ans à Petit Bain pour s’auto-congratuler au milieu d’une salle vide. Si vous voulez éviter ça, précipitez-vous sur ce disque. Il est magnifique comme tous ceux qu’on aime depuis toujours, à la fois triste et lumineux, agressif et mélodique, touchant et intelligent. Les textes au vitriol parlent d’amours qui dérapent, avec un délicieux mélange d’humour et de méchanceté. Oui, comme ceux de Ray Davies ou de Lou Reed. “Ifyou think l’m strange, you ain’tseen nothingyetr (“Tropic Of Cancer”). Il n'y a pas de secret, Romy nous déclarait lors de la sortie de l'album précédent, il y a trois ans : “ J’aime plein de choses différentes, comme les Sisters Of Mercy, et beaucoup de trucs des Kinks. J’aime l’écriture de chansons intelligente. Je ne dirais pas que j’admire des gens, mais je reconnais un bon texte quand j’en vois un. Et j’adore Big Star!

Plus près de nous, on évoquera Placebo, un autre groupe bourré de talent (la voix nasale de Romy n’étant pas sans évoquer celle de Brian Molko), ou Pulp, carrément... Les meilleurs, quoi. Et la musique ! Telecaster tranchante, voix envoûtante, rythmique racée, petits contre-chants obsédants de synthé mono, tout ici est miraculeux. Dès le premier titre, “Common Ground”, on est happé par un vrai son de groupe, un sens des mélodies qui tuent et cette voix incroyablement expressive. “Midnight Sun”, plus rageur, est fabuleux : “ Yeah I know/ That talking to you/ Doesn ’t work/Anymore/So I dont ». Il y a du Dylan 1965 là-dedans. Pas dans le son, bien sûr, mais dans l’esprit, dans le sens de la formule vacharde. “It's Not Easy” est encore meilleur, avec toujours cette façon d’accrocher l’auditeur dès les premiers accords de guitare carillonnants — qui évoquent carrément les fantastiques groupes français de l’époque post-­punk, Suicide Romeo et Modem Guy, que Vager n’a évidemment jamais entendus — et les premiers mots crachés : “For a minute now/ Let’s not talk about you ! » Sur “Tambourine”, on ne sait plus si on pense aux guitares de Roger McGuinn, de Johnny Marr ou de Tom Verlaine... Peu importe, on est résolument dans la cour des grands. Les Smiths ? Oui, bien sûr, mais en mieux, parce que plus accrocheur, plus mélodique. “Brain Worms”, le titre, déborde d’une énergie communicative : cette musique est à la fois totalement jouissive, désespérée, rebelle et salutaire.

Il y a longtemps qu’un groupe ne nous avait pas donné envie d’envoyer de grands coups de pied dans tout ce qui bouge...

Le précédent album, “Ferai”, était un excellent disque. Celui-ci est un chef-d’œuvre. On vous aura prévenu.




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